La Russie au Grand Palais
L’Exposition nationale de Russie, point fort de l’Année croisée franco-russe, ouvre ces portes au public parisien. Elle tombe à pic.
Du 11 au 15 juin, le Grand Palais accueille dans ses vastes salles l’Exposition nationale de Russie, point fort de l’Année croisée franco-russe dont le programme volumineux, comprenant plus de 350 manifestations les plus diverses, a été avalisé par les Premiers ministres Vladimir Poutine et François Fillon. Les deux chefs de gouvernement, accompagnés de personnalités du monde économique, politique, culturel et médiatique des deux pays, vont inaugurer en personne cette exceptionnelle manifestation.
Le moment pourrait paraître peu propice aux réjouissances mondaines, à l’heure de graves difficultés économiques et de la rigueur budgétaire. Or c’est précisément aujourd’hui, dans cette ambiance morose, que la coopération entre les deux pays situés aux confins Est et Ouest de l’Europe devient une nécessité à la fois impérieuse et prometteuse.
Depuis la chute il y a presque deux décennies du régime communiste, la Russie est à la recherche d’un grand projet national digne de son histoire aussi glorieuse que dramatique. Le mot d’ordre de la modernisation, économique et politique, est sur toutes les lèvres, celles du pouvoir comme des opposants déçus du régime.
Pour la Russie, c’est aussi l’heure de la rupture avec la rente pétrolière et gazière, fort rémunératrice mais fragile. La transformation exige un recours aux capitaux, au savoir-faire et aux technologies de pointe venus de l’extérieur. Comme au temps de Pierre le Grand, les Occidentaux restent attirés par les immenses espaces d’un pays qui reste, même après la perte de son empire, le plus vaste du monde, riche de ressources naturelles fabuleuses, d’une main d’œuvre abondante et qualifiée, d’une classe moyenne naissante affamée de consommation après 73 ans de pénurie soviétique.
L’Europe est idéalement placée pour profiter de ce nouveau marché en devenir. L’Union européenne totalise déjà plus de la moitié des échanges extérieurs russes. Le dernier sommet UE-Russie qui s’est tenu le 1er juin dernier à Rostov-sur-Don a adopté une déclaration solennelle –
« Le partenariat pour la modernisation » – qui énumère les domaines dans lesquels les investissements européens peuvent à la fois stimuler l’innovation dans l’économie russe et offrir des débouchés susceptibles de relancer l’activité européenne.
L’exposition à parisienne tombe donc à pic. La France à tous les atouts pour jouer un rôle de locomotive. C’est elle qui, en pleine Guerre froide, sous l’impulsion énergique et prophétique du général de Gaulle, amorça une courageuse politique de « détente, entente et coopération », de l’Atlantique à l’Oural, permettant, un demi-siècle plus tard, d’éviter la coupure du continent en deux. Amie et alliée des Etats-Unis dans le cadre de l’OTAN, elle refusait dans le passé et refuse toujours de bâtir cette alliance sur une confrontation systématique avec la Russie, alors que ce pays est maintenant débarrassé de son passé totalitaire. Cette Russie-là possède déjà une base solide de réalisations dans des secteurs où les entreprises françaises sont présentes depuis belle lurette : l’espace, l’atome, les hydrocarbures, le transport ferroviaire, l’alimentation, la grande distribution, la banque. L’exposition y consacre une large part.
La vocation naturelle qui est celle de la France, d’être l’interlocuteur occidental privilégié dans le dialogue économique et politique Est-Ouest, tout comme Nord-Sud, est facilitée par les affinités uniques entre les cultures russe et française. L’exposition du Grand Palais y consacre une large place, associant judicieusement les motifs folkloriques de l’artisanat traditionnel russe aux œuvres artistiques d’avant-garde dont la Russie et la France étaient les précurseurs au début du siècle dernier.