Polémique entre la France et le Sénégal après la libération de Clotilde Reiss

Publié le par sethkokorussie

Le Sénégal accuse la France d’avoir retardé la libération de Reiss retenue en Iran. De son côté, Paris relativise le rôle de Dakar dans le dossier. Une polémique qui pourrait puiser sa source dans un contentieux plus ancien...

Moins de 24 heures après le retour en France de la jeune universitaire française Clotilde Reiss retenue pendant dix mois en Iran, les bisbilles politico-diplomatiques reprennent déjà le dessus. Depuis hier, une polémique enfle entre la France et le Sénégal, à propos du rôle joué par Dakar dans la libération de la jeune femme de 24 ans.

La controverse s’est cristallisée dimanche matin, à l’occasion d’une sortie fracassante du chef d’État sénégalais, Abdoulaye Wade - qui a joué un rôle dans la libération de la Française - sur les ondes de la radio RTL. En demandant au Sénégal d’interrompre sa médiation en novembre 2009, Paris a gravement retardé la remise en liberté de sa jeune ressortissante, explique alors en substance le président sénégalais. "S’il n’y avait pas eu cette intervention de Monsieur Parant, Clotilde Reiss aurait été libérée depuis six mois", assène-t-il. Une accusation qu’il réitère ce lundi, dans un entretien accordé depuis Téhéran au quotidien Le Parisien…

Abdoulaye Wade fait allusion à la visite du conseiller de l’Élysée pour les affaires africaines à Dakar, en novembre dernier. Une visite relayée par la présidence sénégalaise dans un communiqué publié samedi, quelques instants seulement après l’annonce de la libération de la jeune française... Outre un insistant rappel de l’implication du Sénégal dans le dossier, le document propose une chronologie très détaillée de la médiation de Wade entre Paris et Téhéran. A la date du 13 novembre 2009, on peut y lire notamment : "L’ambassadeur André Parant arrive à Dakar dans la soirée par vol spécial […]. Le président Wade l’informe de la teneur des discussions avec les autorités iraniennes et de leur volonté de libérer rapidement Clotilde Reiss. André Parant prend bonne note. Une fois de retour à Paris, il fait savoir que les autorités françaises souhaitent que le Sénégal suspende sa médiation."

Le Monsieur Afrique de l’Élysée dans la ligne de mire ?

 Ces révélations peuvent, certes, apparaître comme un signe d’agacement de la part des autorités sénégalaises qui n’auraient pas apprécié que l’Élysée rabaisse leur implication dans le dossier au même niveau que celle de la Syrie ou du Brésil. Dans un communiqué publié hier, Nicolas Sarkozy adressait ainsi ses "remerciements particuliers pour leur rôle actif en faveur de la libération" de Clotilde Reiss au "président du Brésil, M. Lula da Silva", au "président du Sénégal, M. Abdoulaye Wade", et au "président de la Syrie, M. Bachar Al-Assad", le nom du chef de l’État sénégalais n’arrivant qu’en deuxième position…

Il peut aussi traduire la volonté du président sénégalais de profiter de la médiatisation de l’affaire Reiss pour asseoir ce rôle de médiateur international derrière lequel il court depuis plusieurs années. Le président sénégalais a en effet multiplié les interventions sur la scène continentale depuis le milieu des années 2000, que ce soit au Darfour, à Madagascar, au Zimbabwe ou en Mauritanie, dans l’espoir de se poser en nouveau "sage" de l’Afrique. Mais ces derniers temps, excepté à Nouakchott - (où il avait fini par convaincre l’an dernier l’opposition de participer à l’élection présidentielle remportée haut la main par le général Mohamed Ould Abdel Aziz) - il s’était fait piquer la vedette en Afrique de l’Ouest par son homologue burkinabè Blaise Compaoré dans les crises ivoirienne et guinéenne.

Reste que l’attaque en règle à laquelle s’est livré Wade contre André Parant n’est pas innocente. Répétée, elle apparaît comme un réglement de compte confirmant les tensions entre le pouvoir sénégalais et le M. Afrique de l’Élysée. L’origine d’un tel courroux ? Devant des journalistes, le conseiller de Nicolas Sarkozy pour les affaires africaines aurait récemment critiqué "un projet de succession monarchique non avoué" au Sénégal, selon Le Monde du 10 mai. Dans un "contexte social extrêmement difficile, il y a un risque d'explosion sociale, et donc politique, extrêmement élevé", aurait-il ajouté, faisant allusion au projet souvent prêté au président Abdoulaye Wade, 83 ans, de tout mettre en œuvre pour permettre à son fils Karim, actuel ministre d’État en charge de la Coopération internationale, de l'Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures, de lui succéder…

Publié dans Afrique News

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