L'Ukraine se rapproche spectaculairement de la Russie

Publié le par sethkokorussie

L’opposition pro-occidentale n’a pas réussi à bloquer l’accord russo ukrainien, qui prolonge de 25 ans la présence militaire russe à Sébastopol, en échange de réductions sur les prix du gazukraine_article-1.jpg

Le Parlement ukrainien a adopté dans la confusion, mardi 27 avril au matin, un accord contesté qui prolonge de vingt-cinq ans la présence de la flotte militaire russe en Ukraine. Dans un hémicycle envahi de fumigènes, le président du Parlement, Volodymyr Litvine, protégé par deux parapluies pour ne pas recevoir les œufs lancés dans sa direction, a prononcé la ratification.

L’accord a été voté par 236 députés, soit dix de plus que la majorité nécessaire à son adoption. Exactement à la même heure, le Parlement russe a lui aussi ratifié cet accord. Et là, l’unanimité a été totale. L’accord a été voté par 410 députés russes et zéro contre.

Présence militaire contre réduction des tarifs du gaz

Cet accord a été conclu mercredi 21 avril, lors d’une rencontre à Kharkiv, en Ukraine, entre le président russe Dmitri Medvedev et son homologue ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch, qui a été élu en janvier. Il prévoit une prolongation de la présence militaire russe en Crimée, en échange d’une importante réduction sur le prix du gaz que la Russie vend à l’Ukraine.

En vertu d’un héritage soviétique, la Russie a conservé l’usage du port militaire de Sébastopol, dans le sud de la Crimée, où sont basés les navires militaires de la flotte de la mer Noire. En 1997, un premier accord avait prévu que la Russie louerait les installations militaires de Sébastopol pour vingt ans, jusqu’en 2017.

Le précédent gouvernement ukrainien, qui ambitionnait de rejoindre l’Union européenne et l’Otan, s’était toujours montré ferme sur cette échéance : il n’était pas question de prolonger le bail. Le nouveau pouvoir arrivé aux commandes en Ukraine permet donc aux navires militaires russes d’être assurés de leur présence jusqu’à 2042 au moins à Sébastopol, base stratégique sur leur flanc sud. Le ministère russe de la défense envisage d’ailleurs d’y baser le Mistral, premier porte-hélicoptères que la Russie achète actuellement à la France.

« Une nouvelle page dans les relations entre la Russie et l'Ukraine »

En échange, la Russie consent une réduction de 30 % de la facture gazière de l’Ukraine. D’après les chiffres communiqués par Moscou, cela représente un apport de 3 milliards d’euros par an au budget ukrainien.

Viktor Ianoukovitch, selon lequel l’accord « ouvre une nouvelle page dans les relations entre la Russie et l’Ukraine », trouve ainsi le moyen de soulager ses finances en crise. Cette réduction sera particulièrement intéressante pour les industries sidérurgiques de l’est de l’Ukraine, la région dont il est issu.

L’opposition ukrainienne crie cependant à la « haute trahison » et demande sa « destitution ». Une dizaine de milliers de manifestants ont protesté, mardi 27 avril, dans les rues de Kiev. L’ancien premier ministre Ioulia Timochenko a lancé un appel à de nouvelles manifestations à Kiev à partir du 11 mai prochain pour « bloquer le travail du Parlement et obtenir des élections anticipées ».

Une « capitulation » pour Viktor Iouchtchenko

Pour sa part, l’ancien président Viktor Iouchtchenko a qualifié l’accord de « capitulation », estimant qu’il faisait « redescendre l’Ukraine au niveau d’une Petite Russie dirigée par un général gouverneur ».

Une affirmation que récuse Viktor Ianoukovitch. Affirmant que le rapprochement avec l’Union européenne demeure sa priorité, il était, mardi 27 avril, en visite à Strasbourg pour le démontrer. Ce déplacement, cependant, ne peut faire illusion.

L’Ukraine et la Russie sont bien en train de se rapprocher de façon accélérée. Le premier ministre russe Vladimir Poutine, en visite mardi 27 avril à Kiev, a d’ailleurs opportunément mis sur la table un projet visant à réunir les industries nucléaires civiles russes et ukrainiennes.

Alain GUILLEMOLES

Publié dans Europe de l'Est

Commenter cet article